(Pour le Koid9 n°66)
LES
BIENFAITS DU… TELECHARGEMENT ?
Débat
on ne peut plus ancrer dans la réalité actuelle, le développement du
téléchargement d’ordinateurs à ordinateurs suscite des réactions si opposées
qu’il devient nécessaire de s’interroger sur ses excès, mais aussi, pourquoi
pas, sur ses bienfaits !
Rappelons-en
rapidement d’abord le principe : un ordinateur qui contient un fichier
musical, textuel ou vidéo se verra transféré, via internet, sur un autre
ordinateur n’importe où dans le monde sans qu’au passage un quelconque droit
d’utilisation ne soit reversé par le réceptionnaire des fichiers. A première
vue, toute copie de cet ordre s’apparente donc à du vol.
Sauf
que tous ces téléchargements ne correspondent pas réellement à l’œuvre
originale : la compression d’une musique (en format MP3 par exemple) ne
sera jamais équivalente en qualité au son du CD d’origine (cette technique
étant pourtant utilisée par les plateformes payantes), et une image compressée
en Divx ne vaut pas le DVD du commerce. Un autre point mérite également d’être
souligné : les faux fichiers sont tellement légions sur Internet qu’il ne
suffit pas de désirer télécharger un programme sous son nom d’origine pour le
retrouver dans son ordinateur (cette réalité pourrait d’ailleurs être invoquée
en cas de procès et rendre l’accusation nulle et non avenue !). Sans
oublier l’absence quasi systématique de sous-titres sur les films rendant ainsi
certains passages incompréhensibles.
Mais
au-delà de ces problèmes d’ordre technique et qualitatif (dont beaucoup
d’internautes se contre-foutent), il existe un débat de fond beaucoup plus
intéressant : pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ?
En
fait « Comment » et « Pourquoi » possèdent plusieurs
niveaux de réponses qui s’imbriquent les uns dans les autres. Ainsi le créateur
du logiciel de compression MP3, un Allemand, expliquait, dans un reportage
d’Arte, qu’avant que son invention ne se retrouve sur Internet il avait
rencontré les directeurs de toutes les Majors Compagnies du disque pour les
informer et les mettre en garde sur la mise en ligne prochaine de son logiciel.
Ajoutant « qu’au fil des mois aucun directeur n’avait jamais donné suite à
cet entretien » ! Alors inconscience ou connerie des Majors ?
Les deux à coup sûr !
Depuis
beaucoup de responsable de labels ont avoué « avoir mal estimé à cette
époque l’impact du transfert sur Internet ». Admettons, tout le monde
n’est pas visionnaire, mais n’est-ce pas l’omnipotence et l’arrogance de ces
labels qui les ont amenés là où ils en sont ? Les Polygram, CBS, EMI,
Warner et autres Sony régnaient en maître sur le monde de la création musicale
depuis plus de 60 ans et ils n’avaient donc aucune raison de s’interroger sur
leur devenir. Sauf que plusieurs petits malins sont venus secouer leur cocotier
et faire chuter les bénéfices jusqu’à une limite inquiétante pour eux. Mais qui
les plaindra ? Les Artistes « licenciés » sans ménagement pour
non-rentabilité (Jonasz, Moustaki,
Nougaro, Chamfort, Higelin, The Verve, Prodigy, etc.) ? Les Artistes
« jamais signés » pour diverses causes (liste sans fin…) ? Aucun
de ceux-là, à coup sûr ! Alors devons-nous remercier internet d’avoir
réussi à briser ce monopole ? De nous avoir montré le vrai visage des
Majors ? Car la seule réponse qu’ils proposent à la question du
téléchargement c’est la répression et non la mise en place d’une licence
globale avec abonnement mensuel qui résoudrait en grande partie la question des
droits d’auteurs et leur reversement aux créateurs.
Et
les Artistes dans tout cela ? Sont-ils vraiment les esclaves, les
« pauvres exploités » de ces financiers du disque sans état
d’âme ? Ou les complices consentants d’un système qui leur sert
d’estrade ? Quand Madonna
annonce avoir signé en 2008 un contrat de 120 millions de dollars pour la
« gestion de sa carrière », quel intérêt le groupe auquel je
participe (The Crimson Trinity)
va-t-il retirer ? Madonna
va-t-elle mettre cette manne financière au service de petits orchestres locaux,
va-t-elle réhabiliter des salles de concerts menacées, ouvrir une maison de
retraites pour d’anciens techniciens du spectacle ? C’est fort peu
probable ! Les grandes stars du disque (Santana, Mc Cartney, Sting, U2, Pink Floyd et autres) n’ont jamais,
à ma connaissance, remis en cause l’omnipotence des Majors et n’ont jamais
cherché à mettre en place un système plus équitable et plus honnête ! Ils
se sont contentés de sortir leur petit album annuel (pas toujours très bon
d’ailleurs pour certains mais du moment qu’on l’achetait) et à nous demander de
l’acquérir en cassette, puis en LP, puis en CD, puis en remasterisé, puis en
DVD 24 bits, puis en Blu-ray, puis en… Tant que le tiroir caisse fonctionnait
ils n’avaient aucune raison de s’interroger. Jusqu’à Internet et son coup de
pied dans la fourmilière.
Et
la déontologie dans tout ça ? Les discours vont bon train sur le respect
de l’environnement et sur le respect de l’autre. Mais que valent ces discours
si chaque Artiste ne pense qu’à rejoindre au plus vite Polygram et son
« armée de représentants de commerce » ? Les Manu Chao, Cabrel, Renaud et autres
militants des causes perdues, sont tous chez des Majors. Ils n’offrent pas
leurs disques, ils les vendent. Quel poids ont les belles paroles si les actes
ne suivent pas ? Ne serait-il pas temps de changer « vraiment »
nos habitudes en matière de consommation musicale et cinématographique pour
qu’un réel échange se produise et qu’il n’y ait plus d’un côté des clients et
de l’autre des fournisseurs !
Alors
remercions Internet de nous avoir montré le vrai visage des Majors, d’avoir
ébranlé leur monopole, d’avoir obligé beaucoup d’Artistes à remettre en cause
leur passivité, d’avoir offert aux créateurs de tous horizons un nouvel espace
de rencontre et d’expression qu’ils n’auraient jamais eu sans lui…

Lionel
Baillemont - 2008
baillemont@hotmail.com
www.editionsducarnetdenotes.com